mercredi 2 septembre 2026

"Bons Baisers d'Odessa" de SASSA, le sulfureux chapitre 3

 Kiev – Ukraine, 4 avril 2021

— Les filles, montrez que vous valez la liasse déposée sur la commode. Allez bystro ! C’est pas du paiement en trois fois, c’est du comptant ! Votre Georges doit lui aussi être content ! Et gare à vous s’il n’en a pas pour son argent. Bystro ! Venez dresser mon derrick ! Mettez de la pression dans mon gisement ! Ce soir, votre Georges va pulser du pétrole à en faire baisser le prix. Ce soir, il va remplir vos fondements encore plus souvent que le réservoir de sa Lamborghini et c’est une sacrée suceuse, croyez-moi. Le taureau, ce n’est pas sur la calandre que vous allez l’admirer, mais sur vos hanches de vaches laitières que vous allez le sentir rebondir. Et chacune à son tour. Allez, bystro ! Passez à la pompe que j’engage mon pistolet !

Un rire rauque termine la phrase. Il provient du King size à baldaquin qui fait face à la porte de la chambre de cette suite au dernier étage du palace. Un homme nu comme un ver couché en son centre évalue comme un maquignon les trois escorts qui entrent dans la pièce. Un ver ? Non, plutôt un verrat bouffi aux nombreux bourrelets rose pâle. Son nez épaté telle une truffe et ses petits yeux cachés sous des sourcils tombants accentuent la métaphore porcine. La couleur vert pomme de la literie rendrait tout cela presque risible, si une aura malsaine ne nimbait le tableau.

Les filles en ont vu d’autres. Leur badge de Perdrix de l’Année, elles l’ont oublié au fond d’un sac à main jeté dans une poubelle depuis longtemps. Après que l’une d’elles ait compté les billets sur la commode, elles démarrent leurs moteurs thermiques sans même y penser. Les hanches roulent, les vêtements glissent, les lèvres s’entrouvrent et une langue les mouille, pas forcément celle de la propriétaire de la bouche. Un triolisme féminin s’engage. C’est leur marque de fabrique. Une spécialité à laquelle elles se prêtent aisément. Elles pratiquent ce jeu de rôle avec tant de naturel et de sincérité qu’il suffit à justifier leur tarif excessif.

Ce soir, Marilyn, la plus jeune des trois, s’inquiète. Elle se demande si leur tour de chant suffira. Quel dopant vont-elles devoir faire avaler à leur client pour en tirer quoi que ce soit ? Peu de chance que leur chorégraphie soit suffisante. La voix à l’accent géorgien ne lui a laissé aucun doute, l’alcool a déjà bien imbibé cet amas graisseux. Elles vont devoir plonger dans leur réserve à miracles et Marilyn n’aime pas ça. Si le bonhomme en crève, elles ne s’en sortiront pas avec quelques gâteries non tarifées.

Les risques du métier, des risques qu’elle répugne à prendre désormais. Elle songe à se retirer, alors ce n’est pas le moment de faire un faux pas. Elle a mis un bon pactole de côté durant ces dix dernières années. Elle veut en profiter. Quitter cette feinte meute de chiennes en chaleur, cette illusion pour les gogos, cette pompe à fric, avant qu’il ne soit trop tard. Elle rêve de se trouver un gentil mari, d’acheter une datcha, d’adopter un grand lévrier à poil long et de fonder une famille respectable aux nombreux enfants.

En attendant, elle doit encore traiter ce poussah de la mer Noire. Entièrement nue à l’exception de ses vertigineux talons aiguille, elle s’assied dans un fauteuil à côté d’une table basse. Pendant que ses deux compagnes entreprennent de dégainer l’arme du mâle à grands coups de langues, accompagnés de râles de diablesses en rut, elle va préparer la mixture qui devrait aider le vantard à défourailler. Le champagne bien au frais dans son seau devrait masquer le goût du booster.

— Georgui, tu nous gâtes, du champagne français, roucoule-t-elle en frissonnant sous les gouttes d’eau glacée qui ruissellent sur ses jambes croisées.

— Poulette, tu le prends pour qui, ton Georges ? Pour un bouseux qui n’y comprend rien ? Pour un imbécile du temps de l’URSS sans argent ni cervelle ? Un qui ne boit que des vins de kolkhozes ! Ouvre-nous plutôt ça et arrose-nous donc ! Rajoute-moi un peu de goût à tes copines !

Le bruit d’un bouchon qui se fracasse contre le plafond accompagne ces derniers mots. Les caresses précises des deux louves lui ôtent toute force d’en prononcer d’autres. Quelques verres plus tard, un hoquet glaireux lui clouera définitivement le bec. Il venait de remarquer le liquide verdâtre qui coulait à la commissure des lèvres d’une des trois putes. Le mauvais génie qui se cachait dans la bouteille de champagne n’épargnera aucun des quatre occupants de la chambre effaçant du même coup les réticences et les rêves de Marilyn.

Dans cette suite du Palace Hotel de Kiev, Londres venait de perdre son principal négociateur de contrats d’armements avec l’Ukraine, un ex-Géorgien au passeport britannique à l’encre encore humide.



 La suite à venir !

 
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300 pages d'aventure au service de Sa Majesté. 
 
 
Synopsis : Ukraine, avril 2021, dix mois avant l'invasion russe. Le bruit des chars russes résonne de l’autre côté de la frontière depuis quelques semaines. Coup sur coup, trois ressortissants britanniques sont empoisonnés dans le pays. Trois anciens cadres soviétiques passés à l’Ouest après la chute du mur.
Le Kremlin ? Au 10 Downing Street, le Premier ministre en est persuadé. Pour lui, ce sont les empoisonnements de trop ! Sa fureur pourrait entraîner la Grande-Bretagne bien trop loin.
Gyliane Spear, agent du MI6, est chargée d’éclaircir l’affaire avant que tout cela ne vire à l’Apocalypse.
Elle ignore encore dans quel tunnel de la Mort, elle vient de s’engouffrer.