"Odessa – Ukraine, 4 avril
2021
Ygor Sergeïevitch Menchenko figure
parmi les hommes qui ont empêché la réussite du coup d’État
communiste en août 1991.
À l’époque, il travaillait au 2ème
bureau intérieur du KGB. Il connaissait bien et admirait le
président Gorbatchev. Moins, son futur successeur.
La tentative de putsch les avait pris
au dépourvu. Que certains services intérieurs du KGB puissent se
faire surprendre prouvait la terrible décomposition du régime.
L’Union soviétique était moribonde.
Une fois la surprise passée, il avait
très vite retrouvé son professionnalisme. Il avait prévenu leurs
hommes à Sébastopol en Crimée. Gorbatchev passait ses vacances
dans la datcha officielle des présidents à Foros. Il leur confia
la mission de l’exfiltrer vers Moscou, avec sa famille. Un échec :
les putschistes étaient arrivés bien avant eux. Dès lors, sa
dernière carte se nommait Eltsine.
— Il va falloir sérieusement
secouer cette outre à vodka, ruminait-il dans la Tchaïka 14
qui roulait à tombeau ouvert vers la résidence de celui-ci.
Sera-t-il seulement en mesure de m’entendre ? Soyons
optimistes, il est encore très tôt, la nuit a dû faire son office
salutaire.
Moscou bouillonnait. La ville était
agitée de remous malsains. Des convois militaires circulaient
lentement, semblant chercher leur route. Des Ladas toutes sirènes
hurlantes passaient dans tous les sens. Des tanks avaient été
déployés sur certains carrefours, mais leurs soldats paraissaient
plus déboussolés que déterminés. Partout des groupes d’hommes
et de femmes marchaient vers la « Maison Blanche », le
Parlement.
Quand il débarqua chez Eltsine, il fut
stupéfait de le voir habillé et tout à fait sobre. Après un
court échange, ils montèrent dans la puissante voiture qui l’avait
amené et prirent la direction du centre-ville.
La suite, tout le monde la connaît :
les images de Eltsine se dressant sur un char devant le Parlement,
le putsch brisé, les conspirateurs arrêtés, etc.
Ygor avait toujours gardé pour lui son
étonnement devant l’état du futur président ce matin-là :
l’esprit clair et au mieux de sa forme. Peu de temps après, déçu
par la tournure des évènements, il avait décidé de passer à
l’Ouest. Une expression qui n’avait déjà plus aucun sens. Les
services anglais l’accueillirent à bras ouverts. Sa connaissance
de l’aristocratie souterraine de celle que l’on avait déjà
partout rebaptisée Russie, le terme « Fédération »
n’étant là que pour amuser la galerie, constituait pour ses
employeurs un précieux atout. Après quelques années de travail en
commun, on lui avait offert un refuge discret et confortable.
Avec le temps, il s’était fondu dans
une tranquillité provinciale reposante, si éloignée de la
trépidante activité du KGB. Il habitait un pavillon typiquement
anglais, dans une petite bourgade typiquement anglaise du Sussex. Il
s’était même marié à une jeune femme typiquement anglaise,
qui, comme lui, fréquentait le club d’échecs local.
Son mariage est tout sauf un échec,
pense-t-il, ce matin, en préparant le petit-déjeuner.
Ukrainien de naissance, il a décidé
de faire découvrir à son épouse le pays et la ville où il a vu
le jour : Odessa. Depuis trois semaines, ils résident dans une
villa dominant la mer Noire. Ils comptent bien partir sous peu pour
un périple à travers le pays. Les bruits de bottes à la frontière
avec la Russie n’inquiètent pas Ygor outre mesure. Il connaît la
mentalité russe. Une simple démonstration de force, avant le
sommet prévu le mois suivant, entre le président des États-Unis
et son homologue russe. De toute façon, l’attaque de l’Ukraine
par la Russie conduirait à une guerre fratricide qu’aucun des
deux peuples n’accepterait. Cela en restera là, il en est
convaincu.
Ce matin, il faudra à tout prix qu’il
envoie des cartes postales d’Odessa aux amis. Les Anglais adorent
ces baisers qui leur sont adressés du bout du monde. Une des
nombreuses traditions de l’île qu’il a adoptée plus que
comprise.
Ils se sont entendus avec un voisin
éleveur pour qu’il leur porte une bouteille de lait frais chaque
jour. Une nouvelle concession fort agréable, celle-ci, à la
culture anglaise. Ce matin, il l’a déposée, sans même
s’arrêter. Probablement un souci à la ferme. Ils iront voir
s’ils peuvent l’aider, se dit-il en versant le liquide dans les
deux tasses au moment même où sa femme le rejoint. Après un
tendre baiser sur la joue, elle prend place à ses côtés, tout en
se demandant par quoi elle va débuter ce repas. Le sel de la vie
commence par ce type de petits changements, aime-t-elle dire à
leurs amis.
Dans une heure, le fermier découvrira
leurs corps affaissés sur leur chaise, une substance verdâtre
s’écoulant de leur bouche. Sous le choc, il laissera tomber la
bouteille de lait qu’il leur apportait… deux heures plus tard
que d’habitude, comme convenu la veille par SMS."
Pour
les plus pressés, vous pouvez retrouver l'intégralité de "Bons baisers
d'Odessa" de SASSA sur amazon en Kindle (4.99€) et format broché
(14.50€).
300 pages d'aventure au service de Sa Majesté.
Synopsis : Ukraine,
avril 2021, dix mois avant l'invasion russe. Le bruit des chars russes
résonne de l’autre côté de la frontière depuis quelques semaines. Coup
sur coup, trois ressortissants britanniques sont empoisonnés dans le
pays. Trois anciens cadres soviétiques passés à l’Ouest après la chute
du mur.
Le
Kremlin ? Au 10 Downing Street, le Premier ministre en est persuadé.
Pour lui, ce sont les empoisonnements de trop ! Sa fureur pourrait
entraîner la Grande-Bretagne bien trop loin.
Gyliane Spear, agent du MI6, est chargée d’éclaircir l’affaire avant que tout cela ne vire à l’Apocalypse.
Elle ignore encore dans quel tunnel de la Mort, elle vient de s’engouffrer.
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