mardi 18 août 2026

"Bons baisers d'Odessa" de SASSA, chapitre 1 (Texte intégral)

 "Odessa – Ukraine, 4 avril 2021
Ygor Sergeïevitch Menchenko figure parmi les hommes qui ont empêché la réussite du coup d’État communiste en août 1991.
À l’époque, il travaillait au 2ème bureau intérieur du KGB. Il connaissait bien et admirait le président Gorbatchev. Moins, son futur successeur.
La tentative de putsch les avait pris au dépourvu. Que certains services intérieurs du KGB puissent se faire surprendre prouvait la terrible décomposition du régime. L’Union soviétique était moribonde.
Une fois la surprise passée, il avait très vite retrouvé son professionnalisme. Il avait prévenu leurs hommes à Sébastopol en Crimée. Gorbatchev passait ses vacances dans la datcha officielle des présidents à Foros. Il leur confia la mission de l’exfiltrer vers Moscou, avec sa famille. Un échec : les putschistes étaient arrivés bien avant eux. Dès lors, sa dernière carte se nommait Eltsine. 
 
— Il va falloir sérieusement secouer cette outre à vodka, ruminait-il dans la Tchaïka 14 qui roulait à tombeau ouvert vers la résidence de celui-ci. Sera-t-il seulement en mesure de m’entendre ? Soyons optimistes, il est encore très tôt, la nuit a dû faire son office salutaire.
Moscou bouillonnait. La ville était agitée de remous malsains. Des convois militaires circulaient lentement, semblant chercher leur route. Des Ladas toutes sirènes hurlantes passaient dans tous les sens. Des tanks avaient été déployés sur certains carrefours, mais leurs soldats paraissaient plus déboussolés que déterminés. Partout des groupes d’hommes et de femmes marchaient vers la « Maison Blanche », le Parlement.
Quand il débarqua chez Eltsine, il fut stupéfait de le voir habillé et tout à fait sobre. Après un court échange, ils montèrent dans la puissante voiture qui l’avait amené et prirent la direction du centre-ville.
La suite, tout le monde la connaît : les images de Eltsine se dressant sur un char devant le Parlement, le putsch brisé, les conspirateurs arrêtés, etc.
Ygor avait toujours gardé pour lui son étonnement devant l’état du futur président ce matin-là : l’esprit clair et au mieux de sa forme. Peu de temps après, déçu par la tournure des évènements, il avait décidé de passer à l’Ouest. Une expression qui n’avait déjà plus aucun sens. Les services anglais l’accueillirent à bras ouverts. Sa connaissance de l’aristocratie souterraine de celle que l’on avait déjà partout rebaptisée Russie, le terme « Fédération » n’étant là que pour amuser la galerie, constituait pour ses employeurs un précieux atout. Après quelques années de travail en commun, on lui avait offert un refuge discret et confortable.
Avec le temps, il s’était fondu dans une tranquillité provinciale reposante, si éloignée de la trépidante activité du KGB. Il habitait un pavillon typiquement anglais, dans une petite bourgade typiquement anglaise du Sussex. Il s’était même marié à une jeune femme typiquement anglaise, qui, comme lui, fréquentait le club d’échecs local.
Son mariage est tout sauf un échec, pense-t-il, ce matin, en préparant le petit-déjeuner.
Ukrainien de naissance, il a décidé de faire découvrir à son épouse le pays et la ville où il a vu le jour : Odessa. Depuis trois semaines, ils résident dans une villa dominant la mer Noire. Ils comptent bien partir sous peu pour un périple à travers le pays. Les bruits de bottes à la frontière avec la Russie n’inquiètent pas Ygor outre mesure. Il connaît la mentalité russe. Une simple démonstration de force, avant le sommet prévu le mois suivant, entre le président des États-Unis et son homologue russe. De toute façon, l’attaque de l’Ukraine par la Russie conduirait à une guerre fratricide qu’aucun des deux peuples n’accepterait. Cela en restera là, il en est convaincu.
Ce matin, il faudra à tout prix qu’il envoie des cartes postales d’Odessa aux amis. Les Anglais adorent ces baisers qui leur sont adressés du bout du monde. Une des nombreuses traditions de l’île qu’il a adoptée plus que comprise.
Ils se sont entendus avec un voisin éleveur pour qu’il leur porte une bouteille de lait frais chaque jour. Une nouvelle concession fort agréable, celle-ci, à la culture anglaise. Ce matin, il l’a déposée, sans même s’arrêter. Probablement un souci à la ferme. Ils iront voir s’ils peuvent l’aider, se dit-il en versant le liquide dans les deux tasses au moment même où sa femme le rejoint. Après un tendre baiser sur la joue, elle prend place à ses côtés, tout en se demandant par quoi elle va débuter ce repas. Le sel de la vie commence par ce type de petits changements, aime-t-elle dire à leurs amis.
Dans une heure, le fermier découvrira leurs corps affaissés sur leur chaise, une substance verdâtre s’écoulant de leur bouche. Sous le choc, il laissera tomber la bouteille de lait qu’il leur apportait… deux heures plus tard que d’habitude, comme convenu la veille par SMS."
 
La suite à venir !
 
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300 pages d'aventure au service de Sa Majesté. 
 
Synopsis : Ukraine, avril 2021, dix mois avant l'invasion russe. Le bruit des chars russes résonne de l’autre côté de la frontière depuis quelques semaines. Coup sur coup, trois ressortissants britanniques sont empoisonnés dans le pays. Trois anciens cadres soviétiques passés à l’Ouest après la chute du mur.
Le Kremlin ? Au 10 Downing Street, le Premier ministre en est persuadé. Pour lui, ce sont les empoisonnements de trop ! Sa fureur pourrait entraîner la Grande-Bretagne bien trop loin.
Gyliane Spear, agent du MI6, est chargée d’éclaircir l’affaire avant que tout cela ne vire à l’Apocalypse.
Elle ignore encore dans quel tunnel de la Mort, elle vient de s’engouffrer.
 

Bons baisers d'odessa, chapitre 1






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